Histoire d’un scoop. Le 5 septembre 1972 à Munich, une prise d’otages a lieu au cœur des Jeux olympiques. Alors que les autorités prétendent que tout est entré dans l’ordre, un jeune journaliste français, Charles Biétry, annonce le contraire.

Le 5 septembre 1972 est un jour noir de l’histoire. A Munich, où se déroulent les XXe Jeux olympiques, un commando terroriste entre dans le village olympique et prend en otage plusieurs athlètes.

C’est le jour où les épreuves d’athlétisme font relâche laissant la place à des sports moins médiatisés. Pour Charles Biétry, cela devra donc être une journée tranquille. Le jeune journaliste de l’AFP, vingt-neuf ans, prend son temps et ne se lève qu’à neuf heures.

En se rendant à pied au centre de presse, Biétry ressent toutefois une étrange atmosphère. Arrivé au bureau, son rédacteur en chef le prend à partie : « J’ai cogné à ta porte mais tu ne répondais pas ! Il y a une prise d’otage au village olympique !« .

Le jeune journaliste se rend au pas de course vers le village des athlètes. Son intuition lui a recommandé de prendre avec lui un bloc-notes et surtout de la monnaie, beaucoup de monnaie.

De nombreux journalistes sont déjà massés à quelques mètres du pavillon qui abrite la délégation israélienne. Les terroristes ont pris en otage plusieurs athlètes et réclament la libération de prisonniers palestiniens. Après moult négociations, le commando obtient de pouvoir rejoindre par hélicoptères l’aérodrome militaire de Fürstenfeldbruck avec ses otages.

Le transfert est effectué à la nuit tombante et Charles Biétry se rend à l’aérodrome. Il ne peut bien entendu pas y entrer et se met à tourner autour des clôtures, dans le noir. Il entend soudainement des rafales de tirs puis devine un hélicoptère en flammes.

Le jeune journaliste se précipite à l’entrée principale de l’aérodrome. Il entend la radio allemande annoncer que les otages ont été libérés. Une conférence de presse du ministre de l’Intérieur allemand est même organisée. Biétry est persuadé que tout ne s’est pas aussi bien passé qu’on veut bien le dire.

Il retourne près des clôtures où il avait repéré une petite grille par laquelle on pouvait entrer. Au moment de l’emprunter, il voit un homme en sortir, en larmes : « Tous les otages sont morts, dit-il. Et quatre terroristes ont été tués. Les trois autres sont en fuite. On a tout raté« .

« Qui êtes vous ? » demande Biétry. « Je suis Georg Kronawiter, le maire de Munich. »

Biétry est persuadé que cet homme lui a dit la vérité. Et que lui, le journaliste, doit informer le monde. Au milieu de la campagne, en pleine nuit, il doit trouver une cabine téléphonique. Il trouve un jeune couple dans une voiture à qui il demande de l’approcher d’une cabine. A la radio, les infos continuent d’annoncer la libération des otages.

Lorsqu’il trouve enfin une cabine, Biétry est tout heureux d’avoir eu la présence d’esprit d’emmener un grand stock de pièces de monnaie. Il dicte à la sténo le drame qui s’est joué à l’aéroport et dont personne ne sait rien. A Paris, on ne prend pas l’info de Biétry au sérieux. Mais le patron des sports de l’AFP a confiance en son journaliste. Il donne l’ordre de diffuser l’information.

A deux heures du matin, seule l’AFP annonce la mort des otages. Durant près d’une heure. Biétry est en proie au doute. Et si l’homme qu’il a croisé lui avait dit n’importe quoi ? Et si son intuition lui avait joué des tours ?

Les autorités allemandes, finalement, annonceront la réalité de la tragédie.

  • Texte réalisé à partir de l’interview de Charles Biétry par Stéphane Cohen paru dans le magazine « Sporting Club » numéro 2 (septembre/octobre 2015)