Le 21 avril 2022 est sorti un album 7 titres de AinSophAur, « Chants de ruines », distribué par Manic Depression Records.

Le nouvel album d’AinSophAur a suscité une certaine impatience parmi les aficionados du groupe parisien. Une ébauche du projet a fait l’objet, fin 2019, d’un financement participatif d’où sont nés trois morceaux uniquement disponibles en numérique et distribués aux seuls participants au crowdfunding. Un album était promis, mais comme tout projet planifié lors des années Covid, l’entreprise s’est révélée plus difficile qu’à l’accoutumée.

En partance pour ailleurs

Au lendemain de la pandémie, des confinements et des couvre-feux, l’album aurait pu sortir sur un champ de ruines. Il sort finalement sous le nom de “Chants de ruines” en avril 2022. Les chants en question, enregistrés selon les notes de pochette « un peu partout entre juin 2019 et mai 2020 », sont au nombre de sept et loin de l’état de ruines annoncé. Ils dégagent au contraire une force singulière et contribuent à la cohérence de l’ensemble, fidèle à ce qu’on perçoit du groupe quand il joue sur scène.

Phil K (voix, textes) et Toy (guitares, compositions) savent s’entourer. Ils ont fait appel au bassiste Romain Falcoz, homme de l’ombre aux lignes envoûtantes, dont la dextérité ouvre l’album et nous attrape dès le premier morceau. Les arrangements ont quant à eux été confiés à la productrice Pascale Le Berre, ancienne clavier de Marc Seberg, dont AinSophAur reprend “Sans mémoire”.

Photo : Theresa Fractale

L’album est court mais dense. Il livre un parfait condensé des talents que le groupe a maintes fois démontré. La grande force de AinSophAur est de creuser un filon dans un style sombre tout en se renouvelant à chaque morceau. Le duo expérimente de multiples ingrédients dans ses compositions, les intègre, les digère, puis les sublime.

Modèles décriés

On écoute avec gravité le chant parlé de “L’autre”, poème déclamé les larmes au bord des yeux. On se surprend à vouloir danser sur le beat très funky de “Tout sauf l’accalmie”, un morceau qui porte plutôt bien son titre. On se laisse conquérir par la nouvelle version de “Panser les plaies”, signée Pascale Le Berre, trait d’union avec le précédent album (Des pierres blanches… chez Manic Depression). On s’abstient de zapper le “Canal 777”. On encaisse l’énergie déployée successivement dans “Sans mémoire » puis dans “Rumeur”, ce dernier titre ayant été désigné morceau phare de l’album (ce qu’on appelait single avant l’ère numérique).

Avec “Chants de ruines”, AinSophAur reproduit en studio l’extraordinaire tension qu’il développe sur scène, où les guitares tranchantes et la voix profonde résonnent encore à nos oreilles de longs moments après la fin du show. Les textes sont en français, ce qui réduit le cheminement de leur portée et donne de l’impact à chaque mot.

Cet album représente l’aboutissement d’une longue période de la vie du groupe, jonchée de difficultés en tout genre. Le précédent datait de plus de dix ans déjà, un bail pour les uns, le temps d’une respiration pour d’autres. Les deux hommes posent fièrement sur la pochette qui semble vouloir rappeler que AinSophAur est toujours debout, plus que jamais.

AinSophAur « Chants de ruines »

2022 Manic dépression records