Petit passage au Skatepark Le Hangar à Nantes où se déroule depuis quelques années les joutes d’une discipline sportive méconnue, essentiellement féminine, urbaine et spectaculaire : le roller derby.

Le roller derby est un sport très spectaculaire. Il s’agit d’une courses sur patins à roulettes où la majorité des concurrentes cherchent avant tout à bloquer leurs adversaires à coups d’épaule et de hanche. La discipline est essentiellement pratiquée par des jeunes femmes. Il existe bien quelques équipes d’hommes, mais elles sont en minorité.

La discipline se dispute dans un esprit très rock, ou punk, ou appelez ça comme vous voulez. Les jeunes femmes en patin sont casquées et bardées de genouillères, de coudières et de protège-dents. Elles s’affublent d’un maquillage outrancier, tatouent leur numéro sur l’épaule et affichent un pseudonyme de guerrière.

Les participantes sont divisées en deux équipes. Dans chacune d’elles, une leader, qui doit faire le plus de tours de piste possibles, tandis que ses coéquipières, au nombre de quatre, sont chargées de défendre et de contrecarrer tout projet du leader d’en face.

Pas moins de sept arbitres sont nécessaires pour compter les points et faire respecter les règles. Leur étrange ballet est un spectacle à lui tout seul. Dès qu’une concurrente s’échappe pour réaliser un tour de piste, elle est suivie à la trace par un arbitre qui la désigne du bras droit tandis que le bras gauche donne des indications à la table de marque. A voir ces arbitres siffler, hurler, gesticuler, poursuivre les échappées, on imagine l’impressionnante organisation à laquelle ils ont dû se soumettre pour synchroniser leurs décision.

Le panneau d’affichage fait défiler les points en grappe. Les parties, qui durent une demi-heure, se terminent sur des scores à trois chiffres. Mais l’essentiel n’est pas là. Contrairement à d’autres sports, les jeunes femmes ne semblent pas animées par l’idée de la victoire à tout prix. En dépit du caractère belliqueux de la discipline, l’important semble être pour les participantes de participer.

Le roller derby a vu le jour dans les années 1930 aux États-Unis, dans le contexte de la Grande Dépression où sont créées toutes sortes d’épreuves loufoques auxquelles les jeunes Américains désœuvrés participent pour gagner un peu d’argent. On pense notamment aux marathons de danse racontés par Horace McCoy dans « On achève bien les chevaux » (1935).

Le roller derby rencontre un tel succès que les compétiteurs, hommes et femmes, se professionnalisent, les meilleurs parvenant même à en vivre. Mais peu à peu la discipline dérive en un spectacle, dans une sorte de catch sur patins à roulettes où les rencontres sont scénarisées à l’avance. L’intérêt pour la discipline s’amenuise et celle-ci disparait peu à peu.

Le roller derby renaît de ses cendres dans les années 2000, notamment grâce à un film, Bliss, de et avec Drew Barrymore, sorti en 2009. Ce long métrage qui revient dans les années 1930 popularise la discipline à travers le monde. La France est rapidement touchée. Dès 2010, des ligues sont créées à Paris, Toulouse et Bordeaux. La ville de Nantes suit le mouvement et fonde ses équipes aux noms évocateurs : Duchesses All-Stars, Queen Anne’s Revenge, Lu Divines Machines…

En 2012, la dessinatrice américaine Jessica Abel publie la bande dessinée « Trish Trash, rollergirl sur Mars » chez Dargaud, premier tome d’une BD futuriste dans le monde du hoverderby, une discipline sportive imaginée sur les fondements du roller derby.

Depuis 2010, le Skatepark Le Hangar est occupé par les jeunes nantaises qui s’y entrainent le samedi et y organisent quelques événements durant l’année, en recevant des équipes qui viennent de toute la France. Elles perpétuent l’esprit de la discipline à la fois rock’n’roll et féminine, urbaine et fraternelle, et éminemment spectaculaire.

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