Matthieu Bonhomme retrouve l’homme qui tire plus vite que son ombre dans un album sobrement titré « Wanted Lucky Luke ». L’hommage initial à Morris et son héros se transformerait-il en une série parallèle ?

On avait refermé, en 2016, le magnifique album “L’homme qui tua Lucky Luke” (Lucky Comics), impressionné et satisfait par l’hommage rendu par Matthieu Bonhomme à Morris. Il devait s’agir d’un hommage unique à l’occasion de l’anniversaire de l’homme qui tire plus vite que son ombre, comme celui de Guillaume Bouzard sorti peu de temps après.

Or, cinq ans plus tard apparaît dans nos librairies un nouveau Lucky Luke signé Matthieu Bonhomme. L’hommage de 2016 se transformerait-il en une série alternative, façon Spirou et quelques autres ? Aucun chiffre “2” n’apparaît sur la couverture, ni la tranche, ce qui laisse croire que nous avons affaire à un nouvel hommage et rien de plus.

Il faut l’écrire d’emblée: “Wanted Lucky Luke” est un très bon album. A la hauteur de son prédécesseur dans l’exploitation du personnage et des surprises qui agrémentent le scénario. On retrouve donc bien l’univers du cow-boy solitaire auquel Matthieu Bonhomme a gommé le côté loufoque et ajouté une atmosphère moins légère, un peu plus réaliste.

Notre héros se retrouve, comme dans la série classique, à escorter un équipage lancé à l’aventure dans l’ouest, exposé aux bandits, aux indiens, au désert, à l’épuisement des vivres… La grande originalité est que cet équipage est composé de jeunes femmes. Une bonne idée tant on a reproché souvent aux histoires de Goscinny, qu’il s’agisse de Lucky Luke ou d’Astérix, de donner qu’un rôle subalterne aux personnages issus de la gent féminine.

La surprise de cet album est que Matthieu Bonhomme a fait appel, contrairement au précédent, à des personnages de la série phare. Non pas les traditionnels seconds rôles (encore que les Dalton sont souvent évoqués), mais bien des personnages extraits d’un album précis : Phil Defer ou du moins son représentant, Joss Jamon et son équipe, l’indien Patronimo et le colonel O’Nolan… Des personnages qui reviennent sous les mêmes traits, sous les mêmes caractères, mais dénués de tout attribut comique. Car c’est bien ce qui fait la force de cette bande dessinée, plus qu’un clin d’oeil aux fans de la série : son côté grave, réaliste, où la tension est permanente.

Lucky Luke lui même n’est plus un héros parfait. Il n’a toujours pas réglé ses problèmes d’addiction au tabac. Quand aux personnages qu’ils rencontre, on les classe difficilement du côté des gentils ou des méchants, notamment les jeunes femmes, passant d’alliées à ennemies en quelques cases. L’auteur ne nous épargne aucune bassesse humaine : la cupidité, la lâcheté, l’orgueil, le machisme, la bêtise… Mais il tente aussi d’apporter une touche de romantisme pur, une des jeunes femmes éprouvant de réels sentiments pour le héros, nous donnant la plus poignante des fins du poor lonesome cowboy.

On aime beaucoup ces hommages aux grands héros de la bande dessinée, avec cette touche personnelle que donne chaque auteur. On aimerait aussi que ces hommages soient uniques, qu’ils ne deviennent pas une série parallèle comme le Spirou d’Emile Bravo ou celui d’Oliver Schwartz. Mais avec ce deuxième Lucky Luke de heure volée, Mathieu Bonhomme nous invite à reconsidérer la question.