La Manu, ancienne Manufacture des Tabacs de Nantes, est un lieu historique de l’industrie nantaise. L’endroit est ensuite devenu le symbole d’une réhabilitation exemplaire de bâtiments désaffectés. Un lieu chargé d’histoire.

C’est en 1864 que sont terminés les travaux de la Manufacture des Tabacs de Nantes, un projet initié dix ans plus tôt par les grands patrons de l’industrie du tabac, en premier lieu l’État français. L’emplacement choisi est le pré de Pont Château le long du boulevard de la Gare (futur boulevard Stalingrad). Sa proximité avec la gare ferroviaire et bien entendu la Loire permet l’arrivée des matières premières et l’expédition des marchandises. Les travaux ont démarré en 1861 et on duré cinq ans, dirigés par l’architecte nantais Joseph Maury Chenantais et l’ingénieur Eugène Rolland.

Pour assurer la sécurité des habitants alentour, il avait été décidé que l’usine soit coupée du reste du quartier. Le terrain est alors délimité par trois rues créées pour l’occasion : la rue de Maryland, la rue de la Havane et la rue de Manille, des noms donnés en référence aux régions où l’on s’approvisionnait en tabac.

La Manufacture donne du travail. En 1878, elle compte jusqu’à 1.700 employés, la plupart étant des femmes. Celles-ci sont préférées aux hommes pour leur dextérité, leur minutie et… leur salaire de moitié inférieur à celui de leurs collègues masculins. L’entreprise permet à ses cigarières de bénéficier d’avantages sociaux non négligeables. Elle a mis en place dans la bâtiment J une crèche capable d’accueillir une trentaine d’enfants mais aussi une école maternelle, un bureau d’épargne et des salles pour les cours du soir pour adultes. Ces dispositions permettent de limiter l’absentéisme des femmes, d’attirer des candidates au travail et de les conserver le plus longtemps possible. Elles donnent en outre à la Manufactures un caractère familial.

En 1974, la Société d’Exploitation Industrielle des Tabacs et des Allumettes (SEITA) décide de déplacer son centre de production en banlieue, à Carquefou. La Manufacture ferme ses portes après plus de cent ans d’activité. Le bâtiment est restitué à l’Etat et semble promis à l’abandon.

Mais la municipalité de Nantes en décide autrement. Sous l’impulsion du maire Alain Chénard, les architectes Georges Evano et Sylvie Julien sont chargés de réhabiliter la Manu et d’en faire un nouveau coeur de quartier. Les travaux durent deux ans. En 1983, l’endroit flambant neuf propose des logements sociaux, des services municipaux, une auberge de jeunesse, un foyer pour personnes âgées et une bibliothèque. Une nouvelle crèche a également vu le jour à quelques mètres de la première.

Le site de l’usine s’ouvre sur le quartier. Les murs et quelques bâtiments sont détruits, ce qui permet de créer la Place de la Manufacture, ornée d’une emblématique sculpture de Jacques Raoult, « La Cigarière« . De nombreuses œuvres artistiques accompagnent en effet la réhabilitation de la Manufacture, grâce à la législation française qui demande à ce qu’un pourcentage des subventions de construction et de réhabilitation soit consacrés à l’art. On fait ainsi appel à Jacques Raoult et à Gaston Watkin, deux sculpteurs, ainsi qu’a trois photographes.

Outre « La cigarière » qui se trouve au centre de la place, Raoult réalise aussi « La petite fille« , une statue discrète que l’on trouve dans les allées intérieures, près de la nouvelle crèche. Gaston Watkin quand à lui réalise « Les compagnons du travail » (les chevaux de labour), une sculpture en tiges d’acier soudées. Il réalise aussi une statue du syndicaliste Jules Durand (1880-1926), mais il n’en reste aujourd’hui que le socle.

Les trois photographes (Christian Boltanski, Alain Fleischer et Bernard-Xavier Vailhen) se chargent quand à eux de restituer la mémoire de l’endroit. Ils se procurent des images d’ouvriers et ouvrières datant de 1927 et les agrandissent pour les exposer à divers endroits de la Manu.

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