Claire Bretécher (1940-2020), native de Nantes, est l’une des premières femmes à s’être imposée dans le monde très masculin de la BD dans les années soixante.

De Nantes, Claire Bretécher avait conservé le souvenir d’une jeunesse ennuyeuse : « Le dessin m’occupait beaucoup. C’était la promesse de la fuite« .

Après l’école des Beaux-Arts, la jeune Nantaise quitte sa ville natale pour Paris. Elle y rencontre René Goscinny en 1963, qui lui donne des travaux d’illustrations. La dessinatrice collabore également au journal Spirou où elle crée la série Les Gnangnans, et fait quelques piges chez Tintin. L’âge d’or de la BD ? « Aujourd’hui, on porte au pinacle cette période, mais c’était atroce! Il fallait toujours trouver quelqu’un chez qui squatter.« 

C’est au sein de Pilote, à partir de 1969, qu’elle se consacre à son premier personnage emblématique, Cellulite. Les aventures parodiques d’une princesse un peu gourde qui tombe amoureuse du premier prince charmant venu renvoient l’écho des mouvements féministes de l’époque, pour le meilleur et pour le pire. Les aventures de Cellulite seront éditées sur trois albums parus entre 1972 et 1974.

En 1972, Bretécher fonde avec Gotlib et Mandryka l’hebdomadaire L’Echo des Savanes. Elle poursuit sa collaboration avec d’autres magazines, parmi lesquels Le Nouvel Observateur où elle crée la célèbre série Les Frustrés. Elle imagine la vie et les travers des lecteurs du magazine et la BD devient une satire sociale des années 1970 : « Roland Barthes m’a décrite comme la sociologue de l’année. N’importe quoi…« . Cinq albums compileront les planches parues entre 1973 et 1981.

Récompensée à Angoulême par le prix du scénariste en 1975, puis par par le Grand Prix spécial du dixième anniversaire du festival, Claire Bretécher ne se repose pas sur ses lauriers. Elle crée en 1988 sa troisième héroïne d’envergure, Agrippine, dans une série qui écorche le monde petit-bourgeois parisien (on ne dit pas encore bobo à l’époque) à travers les tourments d’une adolescente rêveuse mais pas trop gâtée par la nature.

En 1999, « Agrippine et l’ancêtre« , le cinquième tome de la série, reçoit à Angoulême l’Alph-Art humour, qui récompense la meilleure BD humoristique de l’année écoulée. L’héroïne connaît également la consécration avec une adaptation TV en dessin animé. La BD, dont la série est toujours déclarée en cours, a sorti son huitième tome en 2009.

Claire Bretécher a sorti de nombreux autres albums de BD, notamment « Baratine et Molgaga » chez Glénat ou encore « La vie passionnée de Thérèse d’Avila« . Farouche indépendante, la scénariste-dessinatrice est également sa propre éditrice pour la plupart de ses albums. Elle a également édité des livres ou elle expose un autre talent, celui de la peinture, notamment « Portraits (1983, Denoël) en « Moments de lassitude » (1999, Bretécher).

En 2015, la ville du Cellier a donné le nom de Claire Bretécher à sa médiathèque.