Comme venus d’autre part

De Part et d’Autre est sans doute le premier groupe de rock à sortir son premier album trente ans après sa séparation. Histoire du retour inattendu d’un groupe à part. Entre autres.

De Part et d’Autre, c’était une découverte un soir d’hiver, fin 1986. A Orvault, près de Nantes, une sorte de petit hangar aménagé à la hâte en salle de concert accueillait cinq groupes. Le premier, c’était Alix Boléro. Ensuite est arrivé De Part et d’Autre.

Une basse, un clavier, deux garçons qui installaient une atmosphère étrange à base de nappes de synthé évanescentes, de lignes de basse assez savantes et un chant très épuré, souvent mélodique.

Suite à ce set, il y aura les punks de Crach C13, les copains de Wellingtonia et enfin un trio basse-guitare-batterie nommé John Merrick avec un chanteur doté d’une voix étonnante. J’ignorais encore que j’avais en face de moi le futur Dominique A.

Ensuite, il y aura cassette, « Maintenant… » où l’on retrouve la plupart des groupes de la soirée. Alix Boléro manque à l’appel, remplacé par nos amies d’Inxanity. On retrouve Crach C13 et Wellingtonia, mais aussi John Merrick, ce qui donnera son statut mythique à la cassette. Et puis De Part et d’Autre.

Chacun des groupes de la cassette propose deux morceaux. De Part et d’Autre signe « Présente je vous fuis, absente je vous trouve » et « The Messiah« , deux morceaux assez différents dans leur compositions, l’un plutôt calme, l’autre plus rythmé, mais qui contiennent la même atmosphère. Le premier des morceaux reprend le texte d’un poème de Jean Racine, et il n’en fallait pas plus pour faire du duo un groupe de « musique intello ».

J’ai revu De Part et d’Autre en plusieurs occasions dans ce Nantes de la deuxième partie des années 1980 qui s’éveillait au rock avec des groupes souvent livrés à eux-même, mais qui distillaient la musique que je voulais entendre. Je suivais discrètement De Part et d’Autre, mais aussi John Merrick, Picasso Y Los Simios, Wellingtonia, Dada’s Noise…

J’aimais l’énergie de ces groupes qui défendaient chacun un style. De Part et d’Autre a fait une poignée de concerts dans la région puis s’est un peu évaporé, emportant avec lui tout son mystère.

Trente ans plus tard, le groupe réapparait. Grâce à un certain Willy Durand, un de ces discrets suiveurs du groupe, qui devait donc emprunter en soirée les mêmes chemins que moi. Son visage, d’ailleurs, me dira quelque chose, selon la formule consacrée.

Willy Durand a monté un label à Laval en 2016. Parmi ses projets, il rêve de sortir un disque de De Part et d’Autre. Il se met à la recherche des protagonistes. Quand il les retrouve (l’un vit à Nantes, l’autre en région parisienne), ceux-ci sont abasourdis par le fait qu’un inconnu se souvienne d’eux et connaissent leur morceaux.

Laurent Boireau et Sylvain Gaudray se mettent alors à rechercher des enregistrements de leurs morceaux. Avant De Part et d’Autre, les deux musiciens avaient oeuvré dans des groupes nommés Brot Brot et Cadavre Exquis. Les cassettes les plus audibles sont confiées à Jean-Louis Norscq , qui redonne aux enregistrement le souffle nécessaire à une édition sur CD.

Le résultat est magnifique. « Suite à l’imparfait » propose onze morceaux enregistrés entre 1983 et 1990 (six de De Part et d’Autre + trois de Brot Brot + deux de Cadavre Exquis). Le CD est glissé dans une pochette sobre, noir et blanc, dans le plus pur esprit esthétique des affiches rock des années 1980. Le monochrome était moins cher.

Et puis il y a cette soirée du 25 octobre 2019. Le groupe se reforme sur scène le temps d’un concert au Trempolino. Car l’idée de sortir un disque a bien sûr donné au groupe des envies de scène, de jouer ensemble, de retrouver en quelque sorte la poignée de fidèles qui avaient suivi leur courte aventure. Les répétitions ont eu lieu tout l’été.

Pour ce concert du 25 octobre, Willy Durant a la bonne idée d’inviter « en première partie » Laurent Charliot et Victor Abitbol, deux acteurs de la scène rock nantaise (1), venus évoquer ce qu’était le rock nantais dans les années 1980. On a parlé de De Part et d’Autre, bien sûr, mais aussi de Iena Vox, du Floride, de Fuzz Disques, du Maltais. De Rennes et de The Cure aussi. J’ai adoré cette petite phrase de Laurent Charliot : « N’hésitez pas à poser vos questions. On est entre nous« .

C’est donc entre nous, entre gens qui partagent les mêmes souvenirs, qu’on a suivi le concert de De Part et d’Autre. Pendant une heure, le groupe a distillé une dizaine de morceaux (dont une reprise de Tuxedomoon, « What Use ? »). Leurs compositions n’ont pas pris une ride. Ce n’est pas pour rien qu’on s’accrochait à la musique de De Part et d’Autre et de quelques autres groupes. Une musique résolument moderne et qui l’est restée trente ans après.

(1) Laurent Charliot, ancien membre du groupe Iena Vox, est le commissaire de l’exposition Rock à Nantes (2018-2019). Il a aussi rédigé quelques ouvrages sur le rock nantais. Victor Abitbol, dit Vicky, est le dirigeant de la discothèque Le Floride où il fut disc-jockey et organisateur de nombreux concerts.

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