Jeepney (Cebu City)

Jeepney, mode d’emploi

Un séjour aux Philippines, c’est avant tout un déplacement en jeepney. Car c’est ici que se niche l’âme des Philippins.

A Cebu City, deuxième ville des Philippines, on se déplace rarement à pied. La chaleur décourage le piéton téméraire et celui-ci a le choix entre profiter de la climatisation du taxi, jouer à se faire peur à l’arrière de la moto qui zigzague dans le trafic ou se dégager une petite place dans un jeepney.

Les jeepneys, c’est le premier choc du nouvel arrivant aux Philippines. Dans le chaos de la circulation urbaine, que cela soit à Cebu, à Manille ou toute autre ville des Philippines, ces étranges mini-bus multicolores ne manquent pas d’attirer l’oeil. Leur carrosserie est recouverte de motifs religieux qu’on croirait provenir moins des images d’Epinal que d’une pochette de disque de hard-rock. Certains véhicules ont subi les affres du tuning à grand renforts de phares démesurés et de pare-chocs monstrueux propres à rendre jaloux les immenses trucks d’Amérique. Les jeepneys sont un symbole très fort des îles Philippines. Ils représentent cette forme de joie que les Philippins opposent aux difficultés du quotidien, et surtout leur sens de la débrouillardise.

Lorsque les Américains en avaient fini de faire de l’archipel un terrain de guerre, en 1945, ils y avaient laissé leur matériel et notamment un grand nombre de jeeps que les locaux ont rapidement récupéré pour en faire des transports en commun. Les véhicules peuvent en effet transporter une vingtaine de personnes sur deux banquettes qui se font face. Les Philippins ont ajouté un toit et réinventé un circuit de transports en commun abordable et capable d’accéder à tous les recoins de la ville. Les jeepneys appartiennent à des propriétaires privés qui les louent à la journée à des chauffeurs qualifiés (un permis est exigé depuis quelques années). Ceux-ci se chargent de couvrir un trajet selon les besoins exprimés en amont par la municipalité.

On prend place à l’intérieur du jeepney en entrant par l’arrière. On se serre au mieux pour faire de la place au postérieur supplémentaire. A chaque montée, le chauffeur se retourne pour brailler quelque chose que tout le monde semble comprendre, compter le nombre de passager et s’assurer que tous sont assis. Lorsque vraiment les passagers présents sont trop compressés, le dernier arrivé est prié d’attendre le prochain jeepney, ou bien de rester sur le marchepied à l’arrière et s’accrocher à la barre en attendant qu’une place se libère.

Collés les uns aux autres, en dépit de la chaleur, les passagers gardent un calme olympien. A cause des secousses, on se cogne la tête au plafond ou à la barre métallique à laquelle on est sensé s’accrocher. Chacun cherche avant tout à capter un peu d’air. Celui-ci s’engouffre dans les ouvertures quand roule le véhicule. Dès qu’il est à l’arrêt, pour déposer ou prendre des passagers, ou lorsqu’il est coincé par la circulation, l’air vient à manquer et l’on bénit la voisine qui agite son éventail.

Il n’y a pas à proprement parler de station ou d’arrêt pour prendre le jeepney. On l’attend sur le bord de son trajet, on lui fait signe. On s’arrange pour se placer là où il a l’habitude de s’arrêter. On sait ou on ne sait pas. Parfois, il ne s’arrête pas. A l’intérieur, pour demander à être déposé, on prévient le chauffeur en tapant sur la barre métallique, de préférence avec une pièce de monnaie. On peut aussi tout simplement brailler un mot ou deux, cela semble suffire lorsque l’on maîtrise la langue locale.

Le jeepney est le mode de déplacement le moins onéreux. Quelques pesos suffisent que l’on transmet à son voisin et que l’on voit passer de main en main jusqu’au chauffeur. Lorsqu’il s’apprête à recevoir l’argent, le chauffeur ouvre la paume de sa main au dessus de son épaule, sans se retourner. Il recueille les quelques pièces qu’il balance négligemment sur son tableau de bord. S’il s’agit de billets, il les plie dans le sens de la longueur et le conserve entre les doigts. La monnaie, quand il y en a, emprunte le chemin adverse, en respectant souvent le même trajet, avec les mêmes personnes.

Le chauffeur utilise parfois les services d’un adjoint pour s’occuper de ces formalités. Cela peut être un de ses amis, ou sa femme, ou son fils, assis sur le siège passager. Plus cet adjoint est jeune, plus vous vous tenez à carreau tellement le gamin prend son rôle à coeur. L’adjoint, s’il est adulte, peut aussi être accroché à l’arrière du véhicule pour recueillir l’argent et placer les passagers. Un peu comme dans le Paris d’un autre temps avec ces poinçonneurs du métro, ces gars qu’on croise et qu’on ne regarde pas. Ici par contre on le voit bien, et on l’entend gueuler, invectiver les passagers, brailler les consignes au chauffeur.

Le jeepney est devenu un élément de la culture philippine et suscite la curiosité des touristes même si finalement peu se risquent à sacrifier leur confort pour goûter à ce mode de déplacement typique. On sait pourtant que les jours des jeepneys, trop bruyants, trop polluants, sont aujourd’hui sont comptés. Le gouvernement philippin a même annoncé qu’ils seront interdits de circuler dès 2020. Il parait qu’il n’y en a déjà plus à Davao, la grande métropole du sud des Philippines, la plus grande ville en superficie de l’archipel. A Cebu City, on voit déjà circuler quelques bus plus classiques. Mais on les imagine mal emprunter quelques chemins chaotiques des petits quartiers de la ville où passeront toujours, officiellement ou non, les jeepneys.

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