Vera Caslavska

Věra Čáslavská, la dame de Prague

Au-delà de la championne multi-médaillée, Vera Cáslavská (1942-2016) est aussi une figure de la nation Tchèque pour son charme et son engagement politique pour la liberté.

L’histoire de la gymnastique féminine a connu au début des années 1970 un grand bouleversement avec l’arrivée des jeunes poupées savantes qui s’emparèrent des podiums. Ces jeunes fillettes à peine entrées en adolescence reléguèrent les championnes d’un autre temps, plus mûres et plus féminines. En un mot plus séduisantes. Avant d’être un sport de poupées mécaniques, la gym fut donc un sport de femmes, et la plus grande d’entre elles fut certainement Vera Cáslavská. Princesse des Jeux de Tokyo en 1964 puis Reine de Mexico quatre ans plus tard, la Tchécoslovaque-ci fut l’incontestable championne de sa discipline durant les années soixante. Elle figure aux cotés de Emil Zatopek parmi les plus grandes figures de l’histoire du sport tchèque. A ses talents de gymnastes maintes fois récompensés (7 médailles d’or olympiques, 4 titres mondiaux, 11 titres européens), Vera Cáslavská ajoutait une forte personnalité où au charme elle ajoutait un engagement politique loin d’être consensuel.

Vera Cáslavská est née à Prague au printemps 1942. Douée pour le sport, la jeune fille se serait bien vue patineuse sur glace, mais c’est finalement la gymnastique qui lui donne l’occasion de s’exprimer. Dès l’âge de seize ans, elle est sélectionnée pour les championnats du monde à Moscou, un record de précocité à l’époque. Elle est présente à Rome en 1960 pour les Jeux Olympiques à Rome puis conquiert son premier titre mondial, au saut de cheval, deux ans plus tard dans sa ville natale. Le titre du concours général lui échappe au profit de la championne de l’époque, la soviétique Larissa Latynina.

Lorsque les deux femmes se retrouvent en 1964 pour les Jeux de Tokyo, la Tchèque prend définitivement le dessus sur sa rivale ukrainienne. Larissa Latynina a beau porter sa collection personnelle à neuf médaille d’or (un record), tous les regards sont braqués sur Vera Cáslavská. Celle-ci remporte l’épreuve du saut, la poutre et surtout le seul titre qui en vaille finalement la peine, le concours général individuel. Ensuite, durant l’olympiade qui sépare Tokyo de Mexico, la Tchécoslovaque fait main basse sur la discipline. A Sofia en 1965 tout comme Amsterdam en 1967, elle remporte les cinq épreuves du Championnat d’Europe. En 1966 à Dortmund, elle concède trois titres à la russe Natalia Kuchinskaya mais remporte trois nouveaux titres mondiaux, dont celui du concours individuel. En outre, elle permet à la Tchécoslovaquie de remporter le concours par équipes, longtemps chasse gardée de l’URSS.

Les Jeux de Mexico marqueront l’apogée de la carrière de Vera Cáslavská. La Tchécoslovaque remporte quatre nouvelles médailles d’or, et l’on murmure que si le jury ne lui en a pas donné celui de la poutre, c’est parce qu’il voulait éviter un triomphe total. Son exhibition à l’épreuve du sol, qu’elle exécute sur un air de mariachis, ravi tout particulièrement le public mexicain. Sur le podium, la championne jette un oeil discret dans les tribunes où l’applaudit son amoureux, Josef Odložil, finaliste du 1500m de Mexico. Les deux tourtereaux se marieront dès le lendemain, au village olympique. Une belle histoire qui pourtant ne masque pas l’autre Histoire, avec une majuscule. Car il n’est pas anodin d’être Tchécoslovaque en 1968.

Six mois avant les Jeux de Mexico, en avril, le chef d’état tchécoslovaque Alexander Dubcek avait annoncé des réformes et son intention d’appliquer à son pays un socialisme à visage humain : les libertés d’expression, d’opinion et de circulation étaient au programme dans un pays étranglé depuis plus de vingt ans par un communisme pur et dur. La Tchécoslovaquie retrouvait son souffle romantique à travers le « Manifeste des Deux Mille Mots » publié en juin 1968 par l’écrivain Ludvík Vaculík et signé par de nombreuses personnalités, parmi lesquelles Vera Cáslavská.

Mais le 21 août 1968, les chars du Pacte de Varsovie entrèrent dans Prague et écrasèrent violemment les aspérités tchécoslovaques. Le Printemps de Prague avait vécu et le pays se retrouvait sous éteignoir, sous l’emprise de la normalisation imposée par l’URSS. Alors que la plupart des militants du printemps étaient conduits en prison, Vera Cáslavská se réfugia dans les montagnes de Moravie et continua de s’entraîner dans la nature. Car elle comptait bien disputer les Jeux de Mexico. Contre toute attente, le gouvernement autorisa la championne à rejoindre la délégation tchécoslovaque au Mexique. Pour le triomphe que l’on sait.

Ses multiples médailles ne l’empêchèrent pas d’être classée persona non grata à son retour au pays. Condamnée au chômage et aux petits boulots alimentaires, la championne ne sortit de l’anonymat qu’en 1979 lorsque sous la pression internationale, elle fut autorisée à rejoindre le Mexique qui la désirait pour diriger ses gymnastes. Elle y resta deux ans.

En 1989, les fissures qui craquelaient le bloc de l’Est cèdent avec la chute du mur de Berlin, qui entraine avec elle la dictature communiste. A Prague, c’est la Révolution de Velours qui porte l’écrivain Václav Havel au pouvoir. Le pays se fractionne en deux, Slovaquie et République Tchèque, sans la moindre goutte de sang. Vera Cáslavská est appelée pour devenir présidente du comité olympique tchèque et conseillère du nouveau président pour les affaires sociales et le sport. Décorée de l’Ordre Olympique, elle devient membre du CIO en 1995.

L’histoire aurait pu s’arrêter sur cette belle réhabilitation, mais la vie de Vera Cáslavská va encore basculer suite à un terrible fait divers : son ancien époux Josef Odložil est tué par son fils suite à une querelle familiale qui a dégénérée. La championne assume tant bien que mal ses fonctions en dépit du drame, mais la dépression la contraindra à se retirer.

Vera Cáslavská, championne olympique et grande figure du peuple tchèque, est décédée à Prague le 30 août 2016 à l’âge de 74 ans.

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