BD "Le singe de Hartlepool" de Wilfried Lupano et Jérémie Moreau (Delcourt 2012)

La légende de Hartlepool : Un singe en BD

La BD « Le singe de Hartlepool » (Delcourt, 2012) de Lupano et Moreau revient sur une légende du Nord de l’Angleterre pour dénoncer la haine et l’ignorance.

C’est une histoire dont on ne sait si elle est véridique. Tellement honteuse que les gens de là-bas n’en parlent qu’à demi-mot. Au dix-neuvième siècle, les habitants de Hartlepool, un port de pêche en Angleterre donnant sur la mer du Nord, pensaient avoir lynché un marin français qu’ils soupçonnaient d’être un espion. Ils s’apercevront, un peu tardivement, qu’ils s’en étaient en fait pris à un singe.

En 1814, un chasse-marée français fait en effet naufrage sur les côtes du nord-est de l’Angleterre et le seul survivant est un chimpanzé portant un uniforme de l’armée napoléonienne. Une tenue qui lui avait sans doute été attribuée pour amuser l’équipage. Les habitants de Hartlepool, abusés par l’uniforme, aveuglés par leur bêtise, prennent le singe pour un espion de l’armée française. Celui-ci est donc jugé avant d’être pendu sur la plage.

C’est au cours d’une discussion dans un pub de Manchester que Wilfrid Lupano entend pour la première fois parler de cette légende. Après de nombreuses recherches, il parvient à mettre sur pied un scénario qu’il confie à Jérémie Moreau.

L’album sort en 2012 chez Delcourt. L’histoire est à la fois cocasse et poignante. Elle nous plonge dans l’univers clos d’une petite ville du XIXe siècle où le nationalisme des habitants est d’abord l’expression d’une haine commune. Celle du Français mais aussi plus globalement de tout ce qui est étranger : les Ecossais en prennent aussi pour leur grade, et même les habitants des villes voisines.

Une haine qui rend à ce point aveugle qu’elle ne permet pas de distinguer d’un singe d’un humain. N’avaient-ils d’ailleurs jamais vu de Français auparavant, pas plus qu’ils n’avaient vu de singe.

Depuis cette légende, les habitants de Hartlepool sont ironiquement surnommés monkey hangers (« pendeurs de singe« ) et l’image du singe reste très présente en ville. La mascotte du club de foot est un chimpanzé, baptisé H’Angus the Monkey (un jeu de mots proche de « Pendez le singe« ). En 2002, c’est déguisé en singe que Stuart Drummond fait campagne pour la mairie, où il sera élu trois fois de suite.

Sélectionnée au festival d’Angoulême 2012, la bande dessinée de Lupano et Moreau prend un relief particulier à une époque où le racisme et les amalgames prolifèrent sous couvert de nationalisme.

 

SINGE HARTLEPOOL - C1C4.indd

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