BD "Tourne disque" de Zidrou et Raphaël Beuchot (Le Lombard 2014)

Note ultime

Avec l’album « Tourne disque » (Le Lombard 2014), Zidrou et Raphaël Beuchot nous propose un joli conte où l’art rapproche deux hommes que tout oppose.

Il semble bien qu’Eugène Ysaÿe (1858-1931) n’ait jamais mis les pieds en Afrique. En tout cas, aucun résumé biographique publié sur Internet ne mentionne ces trois semaines que le violoniste belge aurait passé au Congo. Toutefois, la bande dessinée, et la littérature en général, autorisent ce genre de petit arrangement avec la vérité historique. Pourquoi ne pas imaginer le virtuose, alors au crépuscule de sa vie, profiter d’une invitation officielle pour découvrir le continent africain ?

C’est l’idée du scénariste Zidrou, le papa de l’élève Ducobu. « Tourne Disque » est le deuxième tome d’une Trilogie Africaine qu’il signe avec le dessinateur nantais Raphaël Beuchot. Après « Le Montreur d’histoire » sorti en 2011, le duo a livré en 2014 une bande dessinée très touchante, présentée comme coup de coeur chez de nombreux libraires.

Le compositeur est invité à Léopoldville pour donner un concert à l’occasion du centenaire de l’indépendance de la Belgique. Mais une fois sur place, le vieil homme est affaibli par un torticolis et ne peut donner son récital. Logé chez un neveu au bord du lac Maï-Ndombe, Eugène Ysaÿe s’ennuie.

Il fait alors la connaissance d’un curieux personnage, un des employés de maison que ses maîtres ont cyniquement surnommé Tourne-Disque. L’homme est en effet chargé de faire tourner les 78 tours sur le vieux gramophone de la maison. Une fonction qu’il prend très au sérieux, et qu’il pratique depuis tant d’années qu’il a développé une connaissance empirique de la musique classique. En outre, Ysaÿe perçoit chez cet homme un véritable amour de la musique, une approche et une sensibilité qu’il n’avait jamais décelé en Europe, y compris chez ses élèves à Bruxelles.

« Tourne Disque » raconte l’amitié naissante de deux hommes que tout semblait séparer. L’artiste reconnu et le domestique méprisé sont réunis par le dialogue et une passion commune pour la musique. Les frontières dressées par la condition sociale et la couleur de peau sont dès lors abolies.

La colonisation de l’Afrique par les puissances européennes reste une période de l’histoire difficile à traiter, surtout dans le format de la bande dessinée. Le scénario de « Tourne Disque » ne prétend donner aucune leçon, mais n’en reste pas moins sévère envers certains colons qui manifestent peu de considération pour les Africains.

Il démontre aussi qu’un homme peut toucher une forme de bien-être en dépassant certaines convenances de son époque. A soixante-dix ans, Eugène Ysaÿe se trouve un ami hors du cercle qu’il fréquente depuis toujours. Et à travers cette amitié sincère, s’ouvre à la beauté d’un continent mystérieux, effrayant et fascinant, l’Afrique.

Cette Afrique lumineuse, colorée, envoûtante, est dessinée en fines touches par Raphaël Beuchot et colorisée par Sarah Murat. Le coup de crayon du dessinateur nantais donne sa force au texte de Zidrou. Entre le dialogue des deux hommes et les drôles de rêves du compositeur, Beuchot se permet quelques dessins pleine page sans dialogue, ralentissant le rythme de la lecture et ouvrant le lecteur à la contemplation. Ces respirations éveillent même parfois quelques songes musicaux.

bd-tourne-disque-zidrou-raphael-beuchot

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s